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Disparition d'Arnost Lustig (1926-2011)

« Tout ce que j’ai appris d’important sur l’homme, je l’ai appris dans la guerre. La guerre ôte à l’homme la chemise et les vêtements de la convention, de la morale, des habitudes et des règles et elle le confronte avec des situations inattendues où il doit décider, parfois dans une seconde, ce qui est bon ou mauvais, juste ou injuste. » L’homme qui s’exprimait ainsi, sans concession ni état d’âme, c’était Arnošt Lustig, ce grand écrivain tchèque, qui vient de mourir à Prague samedi 26 février 2011.

Comme beaucoup des survivants de la Shoah tels que Imre Kertész ou Aharon Appelfeld, Arnošt Lustig avait su trouver sa manière de mettre en mots son expérience de la guerre et des camps. Écrivain, auteur de contes, de nouvelles et de romans, Arnošt Lustig est né à Prague en 1926. Quand il est déporté au camp de concentration de Terezín, en 1942, il a l’âge de Hanka Kaudersová, l’héroïne de son roman Elle avait les yeux verts. Il passe ensuite par Buchenwald et par Auschwitz, avant de prendre la fuite lors d’un transport de prisonniers en mars 1945, et de réussir à regagner Prague où il se cache jusqu’à la libération. Malgré toutes les épreuves, Arnošt Lustig est un optimiste : « Ce que j’essaie de sauver de l’oubli, c’est la mince bande de clair-obscur, impénétrable, qui sépare la nuit de l’aurore. Une lumière où rien ne fait d’ombre. » C’est sans doute ce qui le distingue de tous les écrivains qui ont pu écrire sur la Shoah : « L’homme est un ressort qui arrive toujours et toujours à se déplier. »

L’autre source de l’inspiration d’Arnošt Lustig, ce sont les femmes : elles « donnent la vie et se sacrifient pour elle », elles « ont ce quelque chose qui fait vivre les poètes », elles peuplent son œuvre dès les premiers récits ou nouvelles.

Lauréat du prix National Jewish Book Award en 1980 et en 1986, sélectionné pour le Pulitzer en 2003 et pour le Man Booker Prize en 2009, il a reçu le prix Franz Kafka en 2008. Si son œuvre est comparée ailleurs à celles d’Elie Wiesel et de Primo Levi, elle est malheureusement peu connue en France, malgré la récente publication en français d’Elle avait les yeux verts (Galaade, 2010). « Combien sont-ils à avoir un secret que jamais personne ne découvre ? » écrivait-il en exergue. Espérons que nombreux seront désormais ceux qui auront envie de découvrir l’écriture limpide, sur le fil du rasoir, la force et l’audace d’Arnošt Lustig,

Emmanuelle Collas,
directrice de Galaade, éditeur d’Arnošt Lustig en langue française

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